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Cancer hormono-dépendant et compléments : ce qu'il faut savoir

Cancer hormono-dépendant : phyto-œstrogènes, soja, houblon, actée, ashwagandha, millepertuis sous tamoxifène ou anti-aromatase. Les repères pour le comptoir.

Antonin Marcon 6 min de lecture
Cancer hormono-dépendant et compléments : ce qu'il faut savoir

Une patiente traitée pour un cancer du sein demande quelque chose pour les bouffées de chaleur, pour dormir ou pour le stress. La demande est banale, le terrain ne l'est pas. Chez une personne atteinte d'un cancer hormono-dépendant, deux questions se posent pour chaque complément : a-t-il une activité de type œstrogène, et touche-t-il au métabolisme de l'hormonothérapie ?

Les phyto-œstrogènes : soja, trèfle rouge, houblon

Les phyto-œstrogènes sont des composés végétaux capables de se lier aux récepteurs des œstrogènes. Le rapport de l'AFSSA de 2005, qui reste la référence française sur le sujet, cite parmi les sources principales le soja, le trèfle, la luzerne et le houblon, dont la 8-prénylnaringénine est la molécule la plus étudiée.

Sur le cancer, ses recommandations sont nettes :

  • les études animales montrent que les isoflavones peuvent favoriser la prolifération de tumeurs mammaires hormono-dépendantes, ce qui suggère un risque potentiel chez les personnes ayant des antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein hormono-dépendant ;
  • l'agence s'interroge sur les risques de ces produits en cas de tumeur hormono-sensible ;
  • il existe des risques d'interaction avec les traitements hormonaux, par exemple le tamoxifène, qui pourraient exacerber ou neutraliser ces traitements, et l'agence conclut que la consommation de phyto-œstrogènes devrait être évitée dans ces situations.

Le rapport distingue l'alimentation traditionnelle, qu'il ne remet pas en cause, des compléments alimentaires, qui concentrent les isoflavones. C'est sur ces produits que porte la vigilance au comptoir, en particulier les formules « ménopause ».

Attention

Chez une patiente sous tamoxifène ou traitée pour un cancer du sein hormono-dépendant, un complément d'isoflavones de soja ou de trèfle rouge ne relève pas du conseil libre. L'AFSSA recommande d'éviter les phyto-œstrogènes chez les personnes sous traitement hormonal de ce type.

Actée à grappes noires : la mise en garde de l'EMA

L'actée à grappes noires (Cimicifuga racemosa) est fréquente dans les formules ménopause. Son mécanisme reste discuté, et l'AFSSA notait déjà en 2005 que les auteurs ne s'accordaient pas sur son effet œstrogénique. La monographie européenne de l'EMA tranche sur la conduite à tenir : les patientes traitées ou en cours de traitement pour un cancer du sein ou une autre tumeur hormono-dépendante ne doivent pas l'utiliser sans avis médical, une influence sur ces tumeurs ne pouvant être exclue. La même monographie déconseille l'association aux œstrogènes sans avis médical et signale des atteintes hépatiques.

Millepertuis, tamoxifène et anti-aromatases

Le second risque est pharmacocinétique, et il concerne surtout le millepertuis.

Le thésaurus des interactions de l'ANSM classe l'association millepertuis et tamoxifène en contre-indication : le millepertuis augmente le métabolisme du tamoxifène, avec un risque d'inefficacité du traitement. Ce n'est pas une précaution d'emploi. Le même thésaurus signale que certains antidépresseurs (fluoxétine, paroxétine, duloxétine) sont déconseillés avec le tamoxifène, parce qu'ils bloquent la formation de son métabolite actif : un point utile quand la patiente consulte aussi pour son moral.

Pour les anti-aromatases, le RCP de l'exémestane (Aromasine) indique qu'une co-administration avec des inducteurs du CYP3A4, dont les préparations à base de millepertuis, pourrait en réduire l'efficacité, et qu'il ne doit pas être associé à des médicaments contenant des œstrogènes. Voir aussi notre article sur les interactions du millepertuis.

Conseil

La question qui change la réponse n'est pas « avez-vous eu un cancer ? » mais « prenez-vous un traitement pour l'éviter ? ». Une hormonothérapie se prend pendant des années, et la patiente ne la cite pas toujours parmi ses médicaments.

Ashwagandha : ce que dit l'ANSES

Dans son avis de 2024, l'ANSES relève des effets endocriniens de l'ashwagandha (Withania somnifera) sur les hormones thyroïdiennes et sexuelles, dont des hausses de testostérone dans plusieurs études. Elle recommande de s'abstenir de ces compléments en cas de pathologie thyroïdienne, hépatique ou cardiaque, d'hyperandrogénie, de grossesse et de traitement sédatif ou dépresseur du système nerveux central.

L'avis ne cite pas le cancer hormono-dépendant en toutes lettres. La contre-indication que l'on peut trouver sur certaines fiches vient alors du fabricant, et elle va dans le sens des effets hormonaux décrits par l'agence. Détail dans notre article ashwagandha : avis ANSES et interactions.

Huiles essentielles dites œstrogène-like : rester prudent sur les preuves

Certaines huiles essentielles sont décrites comme « œstrogène-like » dans les ouvrages d'aromathérapie, l'anis vert étant l'exemple le plus cité pour son trans-anéthole. Les données d'autorité sont plus mesurées : la monographie de l'EMA sur l'huile essentielle d'anis juge que l'activité œstrogénique observée in vitro et chez l'animal à forte concentration n'est pas pertinente pour l'exposition humaine à la posologie recommandée, en usage court chez l'adulte. Hors de ce cadre, les données manquent. Chez une patiente atteinte d'un cancer hormono-dépendant, l'abstention par précaution se défend, mais elle se présente comme une précaution, pas comme une contre-indication établie.

Un cas réel au comptoir

Un pharmacien d'officine qui utilise Nutrisecure a filmé son écran un mardi soir. Dans le profil patient, il renseigne trois critères : cancer hormono-dépendant, diabète, puis un traitement par benzodiazépines. Le catalogue de sa pharmacie se retrie à chaque critère : 58 produits en danger avec le cancer seul, 133 avec le diabète, 208 avec les benzodiazépines, sur 1 520 références, avec 14 prudences et 1 294 compatibles.

Il ouvre un ashwagandha du rayon stress : badge « Danger pour ce patient ». Le cancer hormono-dépendant et les benzodiazépines figurent dans ses contre-indications, et le conseil pharmaceutique rappelle le signal de l'ANSES sur l'hépatotoxicité. Il ouvre un probiotique juste à côté : compatible, avec pour seules contre-indications listées les allergies au lait et au soja, et un renvoi à l'avis médical en cas de traitement.

Deux produits du même rayon, le même patient, deux réponses différentes. L'écran recommande une vérification pharmaceutique, il n'interdit rien : c'est le pharmacien qui tranche.

Le profil ne distingue pas le tamoxifène d'une anti-aromatase. Pour l'interaction avec le millepertuis, la référence reste le thésaurus de l'ANSM et le RCP du traitement.

Questions fréquentes

Le soja est-il interdit après un cancer du sein ?

L'AFSSA ne remet pas en cause l'alimentation traditionnelle. Elle s'interroge sur les risques des phyto-œstrogènes en cas de tumeur hormono-dépendante ou d'antécédents familiaux, et recommande de les éviter sous traitement hormonal comme le tamoxifène. La vigilance porte d'abord sur les compléments, qui les concentrent.

Peut-on prendre du millepertuis sous tamoxifène ?

Non. L'association est une contre-indication du thésaurus de l'ANSM, en raison d'un risque d'inefficacité du tamoxifène.

L'actée à grappes est-elle possible pour les bouffées de chaleur après un cancer du sein ?

Pas sans avis médical, selon la monographie de l'EMA, qui vise les patientes traitées ou en cours de traitement pour une tumeur hormono-dépendante.

Pour aller plus loin

Si vous voulez voir comment le profil patient retrie vos propres références, vous pouvez parcourir le catalogue.

  • Créer votre compte Nutrisecure et obtenir un catalogue personnalisé : https://nutrisecure.info/compte
  • Prendre rendez-vous avec Antonin : https://app.lemcal.com/@antonin

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas le jugement du professionnel de santé. La conduite à tenir pour une patiente donnée dépend de son traitement, de son cancer et de l'avis de l'équipe d'oncologie qui la suit.

Sources