Garcinia cambogia : pourquoi l'ANSES la déconseille à tous
Garcinia cambogia : avis ANSES de 2025, vente suspendue en France jusqu'en avril 2027. Quoi dire au patient qui en prend pour maigrir, et quoi proposer.

Le patient sort une boîte de son sac, achetée en ligne, « pour couper la faim ». Sur l'étiquette : Garcinia cambogia. Il ne demande pas un avis, il veut savoir à quelle heure la prendre. La réponse du pharmacien tient en une phrase : en France, ce complément est déconseillé à toute la population par l'ANSES, et sa mise sur le marché est suspendue.
Ce que dit l'avis de l'ANSES de 2025
Le 5 mars 2025, l'ANSES a publié un avis sur les compléments alimentaires à base de Garcinia cambogia Desr., plante vendue comme coupe-faim. Ses propriétés amaigrissantes sont attribuées à une forme de l'acide hydroxycitrique (AHC).
La conclusion est sans nuance : l'agence déconseille la consommation de ces produits à l'ensemble de la population. Ce n'est pas une restriction ciblée sur quelques profils, c'est une recommandation générale.
Les effets indésirables rapportés
Entre 2009 et mars 2024, le dispositif de nutrivigilance a recueilli 38 signalements d'effets indésirables. L'ANSES décrit :
- des atteintes hépatiques, dont des hépatites aiguës et un cas d'hépatite fulminante mortelle ;
- des atteintes psychiatriques ;
- des atteintes digestives, dont des pancréatites ;
- des atteintes cardiaques ;
- des atteintes musculaires, dont des rhabdomyolyses.
Point important pour le conseil : des effets sévères ont aussi été signalés chez des consommateurs sans antécédent médical. L'argument « je suis en bonne santé » ne protège pas.
Les personnes particulièrement exposées
L'ANSES identifie des populations à risque :
- antécédents de troubles psychiatriques, de pancréatite ou d'hépatite ;
- diabète, obésité ou hypertension ;
- traitement par des médicaments qui affectent le foie, par des antirétroviraux ou par des antidépresseurs.
L'agence signale aussi plusieurs interactions médicamenteuses, susceptibles d'augmenter les effets indésirables ou de faire perdre leur efficacité aux médicaments. Son communiqué ne les détaille pas : la conduite à tenir ne dépend donc pas de la molécule, elle vaut pour tout patient traité.
Attention
Le profil qui achète un coupe-faim (surpoids, parfois diabète ou hypertension, parfois un antidépresseur) est exactement celui que l'ANSES désigne comme le plus exposé. La population cible du produit et la population à risque se recouvrent.
Déconseillé par l'ANSES, suspendu par l'État
L'avis de l'ANSES n'est pas resté une recommandation. Par un arrêté du 15 avril 2025, les ministres chargés de l'agriculture et de l'économie ont suspendu l'introduction depuis un autre État membre, l'importation et la mise sur le marché en France des compléments alimentaires contenant Garcinia cambogia, en invoquant un risque sanitaire aigu identifié. Les exploitants devaient procéder au retrait-rappel, et l'arrêté interdit l'écoulement des stocks.
La mesure a été renouvelée par un arrêté du 16 avril 2026, publié au Journal officiel du 17 avril, pour un an : la suspension court jusqu'au 18 avril 2027, dans l'attente d'une décision européenne. Côté médicament, la prescription et la délivrance de préparations à base de cette plante sont interdites en France depuis 2012.
Malgré cela, des produits restent proposés sur internet, et Rappel Conso publie régulièrement des alertes. C'est par ce canal que la boîte arrive au comptoir.
Où en est l'Europe
L'EFSA évalue la sécurité de l'acide hydroxycitrique. Son projet d'avis a été soumis à consultation publique jusqu'au 11 mai 2026 ; la Commission européenne s'appuiera sur l'avis définitif pour décider d'interdire ces produits ou de les autoriser sous conditions. Tant que cette décision n'est pas prise, c'est la mesure française qui s'applique.
Quoi répondre au patient
Le ton compte : le patient cherche une aide réelle pour perdre du poids, et il a souvent acheté le produit de bonne foi. La réponse doit être nette sur le produit et ouverte sur la suite.
- Dire clairement : l'ANSES déconseille ce complément à tout le monde, et sa vente est suspendue en France. Ce n'est pas une question de dose ou de moment de prise.
- Conseiller d'arrêter, comme le rappelle VIDAL pour les personnes qui détiennent ces produits.
- Demander ce qu'il prend d'autre : antidépresseur, antirétroviral, traitement du diabète ou de la tension, autres compléments. S'il est traité, son médecin doit être informé de la prise.
- Interroger sur les symptômes depuis le début de la prise et orienter vers le médecin en cas de trouble inhabituel.
- Déclarer tout effet indésirable en nutrivigilance, via le portail de signalement du ministère de la Santé.
Conseil
Phrase utile : « Ce produit n'est plus autorisé à la vente en France parce que des effets graves ont été signalés, y compris chez des personnes en bonne santé. On regarde ensemble ce qui peut vous aider à la place. »
Quelles alternatives prudentes ?
L'ANSES rappelle que la perte de poids sans indication médicale comporte des risques et que toute démarche d'amaigrissement nécessite l'accompagnement d'un professionnel de santé. La première alternative n'est donc pas un autre flacon : c'est l'orientation vers le médecin traitant, et vers un diététicien selon le cas.
Si un complément est discuté, autant choisir un actif dont l'effet a été évalué. Le glucomannane (konjac) dispose d'une allégation de perte de poids inscrite au règlement (UE) n° 432/2012, dans un cadre strict :
- 3 g par jour, en trois doses de 1 g ;
- chacune prise avec un à deux verres d'eau, avant les repas ;
- uniquement dans le cadre d'un régime hypocalorique.
Le règlement impose un avertissement sur le risque de suffocation en cas de difficultés de déglutition ou d'ingestion avec trop peu de liquide. Ce n'est donc pas un produit à proposer sans questionner le patient sur sa déglutition, ni à présenter comme un coupe-faim autonome.
Les autres « brûleurs » et coupe-faim du marché méritent la même lecture que la garcinia : quel actif, quelle dose, quelles données de vigilance. Plusieurs plantes minceur posent aussi une question hépatique, détaillée dans notre article sur les compléments et le foie.
Questions fréquentes
La garcinia cambogia est-elle interdite en France ?
La mise sur le marché des compléments alimentaires qui en contiennent est suspendue depuis le 18 avril 2025, mesure prolongée jusqu'au 18 avril 2027. Les médicaments à base de cette plante sont interdits depuis 2012.
Pourquoi l'ANSES déconseille-t-elle la garcinia ?
En raison d'effets indésirables graves signalés en nutrivigilance (38 signalements entre 2009 et mars 2024) : atteintes du foie, dont un cas d'hépatite fulminante mortelle, pancréatites, troubles psychiatriques, cardiaques et rhabdomyolyses.
Un patient en prend depuis des semaines : que faire ?
Lui conseiller d'arrêter, vérifier ses traitements, l'orienter vers son médecin en cas de symptôme et déclarer tout effet indésirable en nutrivigilance.
Repérer la boîte qui arrive de l'extérieur
Le risque ne vient pas du rayon, puisque le produit ne doit plus y être : il vient de la boîte achetée ailleurs et posée sur le comptoir. Scanner son code-barres ou chercher l'actif permet de retrouver la composition et, quand la fiche existe, ses restrictions en quelques secondes ; la démarche est décrite dans vérifier un complément apporté par le patient.
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Cet article a une vocation informative et ne remplace pas le jugement du professionnel de santé. La conduite à tenir pour un patient donné dépend de son traitement, de ses pathologies et de l'avis de son médecin.
Sources
- ANSES - Ne pas consommer de compléments alimentaires à base de la plante Garcinia cambogia (5 mars 2025)
- VIDAL - Risque sanitaire : la vente et l'importation de coupe-faim à base de Garcinia suspendues en France (arrêté du 15 avril 2025)
- VIDAL - Garcinia cambogia : interdiction de vente en France prolongée jusqu'en avril 2027 (arrêté du 16 avril 2026, 4 mai 2026)
- Règlement (UE) n° 432/2012, liste des allégations de santé autorisées (version consolidée du 17/05/2021) : glucomannane