Ashwagandha : interdit en France ? Avis ANSES, interactions
L'ashwagandha n'est pas interdite en France, mais l'ANSES la déconseille à plusieurs profils. Thyroïde, Levothyrox, sédatifs, foie, grossesse : les repères.

L'ashwagandha est l'un des actifs dont la demande progresse le plus vite, portée par le stress, le sommeil et le cortisol. Elle arrive aussi au comptoir avec une question qui revient de plus en plus : « elle n'a pas été interdite ? ». La réponse est non en France, mais la plante fait l'objet d'un avis de l'ANSES de 2024 qui la déconseille à une liste de profils assez longue pour qu'aucune vente ne se fasse sans quelques questions.
L'ashwagandha est-elle interdite en France ?
Non. L'ANSES rappelle dans son avis que la mise sur le marché des compléments contenant cette plante a été acceptée en France, et que la liste consolidée de la DGCCRF la reprend sans restriction particulière. L'agence ne prononce pas d'interdiction : elle émet des recommandations de précaution et demande de renforcer la surveillance des effets sur le foie, la thyroïde et le cœur.
La confusion vient d'ailleurs. Au Danemark, l'autorité alimentaire indique qu'il est illégal de vendre des produits contenant de l'ashwagandha, en raison d'effets possibles sur les hormones sexuelles, la reproduction, le métabolisme, le système immunitaire et le système nerveux central. L'ANSES mentionne aussi la position des Pays-Bas, qui recommandent à toute la population de s'abstenir de ces produits.
L'avis français conclut surtout à l'impossibilité de définir un niveau de consommation sans risque, faute de données de qualité suffisante. Depuis 2009 et jusqu'en septembre 2023, la nutrivigilance a reçu 8 déclarations d'effets indésirables liés à des compléments contenant de l'ashwagandha.
Qui doit s'abstenir selon l'ANSES
L'ANSES recommande de s'abstenir de consommer des compléments contenant de l'ashwagandha (Withania somnifera) aux personnes présentant :
- une pathologie thyroïdienne ;
- une pathologie hépatique ;
- une pathologie cardiaque ;
- une hyperandrogénie ;
- une grossesse ;
- un traitement sédatif ou à action dépressive sur le système nerveux central.
Par précaution, faute de données, elle recommande aussi aux femmes allaitantes et aux moins de 18 ans de ne pas en consommer. Les motifs cités sont des suspicions d'effets indésirables sur la thyroïde, le foie, le cœur, le système nerveux central, la fertilité et le développement fœtal.
Attention
Sur ces profils, la recommandation de l'ANSES est l'abstention, pas la prudence. Une personne suivie pour la thyroïde, enceinte, mineure ou sous sédatif ne repart pas avec de l'ashwagandha en conseil libre.
Ashwagandha et thyroïde : le point Levothyrox
C'est la question la plus fréquente au comptoir. Les données disponibles vont dans le même sens : l'ashwagandha peut augmenter les hormones thyroïdiennes.
- Dans un essai contrôlé de huit semaines (500 mg par jour d'extrait), les auteurs ont relevé chez les patients exposés une hausse de la T4 libre et recommandent de surveiller la fonction thyroïdienne avant et pendant la prise.
- L'ANSES cite cet essai et en conclut qu'il faut être vigilant quant à la survenue d'une hyperthyroïdie. Elle mentionne aussi un cas publié de thyrotoxicose sous extrait d'ashwagandha.
- Le NCCIH indique que l'ashwagandha n'est pas recommandée en cas de trouble thyroïdien et qu'elle pourrait interagir avec les médicaments de la thyroïde.
Il n'existe pas, à notre connaissance, d'étude d'interaction dédiée entre l'ashwagandha et la lévothyroxine, ni d'entrée au Thésaurus de l'ANSM. L'ANSES qualifie ces interactions d'« évoquées ». Mais le raisonnement pratique est simple : un patient sous Levothyrox a, par définition, une pathologie thyroïdienne, et l'ANSES lui recommande de s'abstenir. Un apport qui peut modifier la T4 chez un patient dont la dose est ajustée sur sa TSH n'a pas sa place en automédication.
Ashwagandha, antidépresseurs et sédatifs
L'ANSES rapporte des effets sédatifs (somnolence) observés dans des essais cliniques, et déconseille l'ashwagandha en cas de conduite ou d'utilisation de machines, et en association avec des substances à action dépressive du système nerveux central. Le NCCIH cite également les sédatifs et les anticonvulsivants parmi les interactions possibles.
Pour les antidépresseurs, aucune étude d'interaction spécifique n'a été retrouvée. Deux éléments guident pourtant le conseil. D'abord, l'ANSES vise tout traitement sédatif ou à action dépressive sur le système nerveux central, ce qui inclut une partie des traitements prescrits en psychiatrie. Ensuite, l'agence souligne que les données disponibles sur les interactions, bien qu'hétérogènes, incitent à la plus grande prudence lors de la prise concomitante avec certains médicaments. Un patient sous antidépresseur, anxiolytique ou hypnotique relève donc d'un avis médical avant toute prise.
Conseil
Le patient qui cherche de l'ashwagandha « pour le stress » est souvent déjà traité pour de l'anxiété ou des troubles du sommeil. Demander s'il prend un traitement pour dormir ou pour le moral est la question qui change le plus souvent la réponse.
Les autres interactions à connaître
Le NCCIH mentionne des interactions possibles avec :
- les médicaments du diabète ;
- les médicaments de l'hypertension ;
- les immunosuppresseurs ;
- les sédatifs et les anticonvulsivants ;
- les hormones thyroïdiennes.
L'ANSES évoque de son côté des interactions avec les antidiabétiques, les antithyroïdiens et les hormones thyroïdiennes. Ces signaux reposent surtout sur des données pharmacologiques et des études in vitro : ils justifient un avis médical, pas une conclusion définitive sur l'ampleur de l'effet. Le NCCIH ajoute que l'ashwagandha n'est pas recommandée avant une chirurgie, un point à rapprocher de notre article sur les compléments à arrêter avant une chirurgie.
Foie, cœur et grossesse
- Foie : le NCCIH indique que, bien que ce soit rare, plusieurs cas d'atteinte hépatique ont été liés à des compléments d'ashwagandha. L'ANSES en fait l'une des raisons de sa recommandation. Voir notre article sur les compléments et le foie.
- Cœur : l'ANSES recommande l'abstention en cas de pathologie cardiaque et demande une surveillance renforcée des effets cardiaques.
- Grossesse : le groupe de travail de l'ANSES s'appuie notamment sur l'emploi traditionnel de la plante comme abortif. Le NCCIH indique qu'elle doit être évitée pendant la grossesse et l'allaitement. Pour les autres compléments de cette période, voir compléments et grossesse.
Les réflexes au comptoir
- Grossesse, allaitement, moins de 18 ans ? Abstention.
- Maladie de la thyroïde, du foie ou du cœur, hyperandrogénie ? Abstention.
- Traitement sédatif, hypnotique, anxiolytique, antidépresseur, antiépileptique ? Avis médical.
- Levothyrox, antidiabétique, antihypertenseur, immunosuppresseur ? Avis médical.
- Chirurgie programmée ? Le signaler à l'équipe d'anesthésie.
- Somnolence, jaunisse, palpitations sous ashwagandha : arrêter et consulter.
Questions fréquentes
Pourquoi dit-on que l'ashwagandha est interdite ?
Parce que le Danemark en interdit la vente dans les denrées alimentaires. En France, elle reste autorisée dans les compléments alimentaires, mais l'ANSES recommande à plusieurs populations de s'abstenir.
Peut-on prendre de l'ashwagandha avec du Levothyrox ?
L'ANSES recommande aux personnes atteintes d'une pathologie thyroïdienne de s'abstenir, et des hausses de T4 ont été observées sous ashwagandha. L'association ne se décide pas sans le médecin.
Peut-on associer ashwagandha et antidépresseur ?
Aucune étude dédiée n'existe, mais l'ANSES déconseille l'association avec tout traitement sédatif ou dépresseur du système nerveux central et appelle à la plus grande prudence avec les médicaments. Avis médical nécessaire.
L'ashwagandha est-elle mauvaise pour le foie ?
Des cas d'atteinte hépatique ont été rapportés, rares mais documentés. L'ANSES recommande l'abstention en cas de pathologie hépatique.
Existe-t-il une dose sans risque ?
L'ANSES conclut qu'il est impossible de définir un niveau de consommation sans risque avec les données actuelles.
Faire remonter le signal au bon moment
Une plante déconseillée à six profils différents, plus les mineurs et l'allaitement, c'est exactement le type de règle qu'on oublie en plein flux. Un outil d'aide à la décision rattache ces restrictions à chaque produit qui contient de l'ashwagandha, pour que le signal arrive pendant l'échange. Notre tableau des interactions plantes-médicaments regroupe les autres associations fréquentes, et vous pouvez parcourir le catalogue pour voir comment elles sont présentées.
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Cet article a une vocation informative et ne remplace pas le jugement du professionnel de santé. La conduite à tenir pour un patient donné dépend de son traitement, de ses pathologies et de l'avis de son médecin.
Sources
- ANSES - Avis relatif aux risques liés à l'utilisation des préparations de Withania somnifera dans les compléments alimentaires (saisine 2021-SA-0077, 19 avril 2024)
- NCCIH (NIH) - Ashwagandha: Usefulness and Safety
- Fødevarestyrelsen (autorité alimentaire danoise) - Ashwagandha
- Gannon JM et al. - Subtle changes in thyroid indices during a placebo-controlled study of an extract of Withania somnifera, J Ayurveda Integr Med 2014