Avant une opération : quels compléments arrêter, et quand
Avant une chirurgie programmée, certains compléments touchent la coagulation ou les anesthésiques. Ce qu'il faut arrêter, quand, et ce qu'il faut signaler.

Un patient prépare une intervention programmée dans trois semaines. Il prend chaque matin des oméga-3, du ginkgo et, depuis peu, du millepertuis. Rien de tout cela ne figure sur son ordonnance, et il ne pense pas à en parler : ce sont des produits naturels. C'est précisément là que se joue un risque discret. Avant une opération, certains compléments doivent être arrêtés à temps, et tous doivent être déclarés.
Deux risques, un seul réflexe
Deux mécanismes justifient l'attention. La coagulation d'abord : plusieurs plantes courantes réduisent l'agrégation plaquettaire et peuvent majorer le saignement. L'interaction avec les médicaments de l'anesthésie ensuite : certaines substances modifient leur métabolisme, donc leur effet.
Le vrai problème n'est pas le produit, c'est le silence autour de lui. Le patient juge ses compléments neutres et ne les signale pas. Le pharmacien est souvent le dernier professionnel à les voir passer avant le bloc.
Millepertuis : le cas d'école
C'est l'exemple à retenir, car il repose sur une source française primaire. Le résumé des caractéristiques du produit validé par l'ANSM prévoit explicitement le cas de la chirurgie : en cas d'intervention programmée, les interactions avec les anesthésiques doivent être recherchées et le traitement interrompu si besoin.
Le millepertuis est un inducteur enzymatique : il accélère le métabolisme de nombreux médicaments et abaisse leurs concentrations. Surtout, cet effet ne s'arrête pas net. Selon le même document, l'induction persiste environ une semaine après l'arrêt.
Attention
Un arrêt à la dernière minute ne suffit pas pour le millepertuis. Son interaction avec les anesthésiques est inscrite au résumé des caractéristiques du produit validé par l'ANSM, et l'effet inducteur persiste environ une semaine. Il doit être anticipé et signalé à l'équipe d'anesthésie.
Les plantes qui fluidifient le sang
VIDAL recommande d'arrêter toute prise de plantes au moins trois semaines avant une opération, en raison de leur effet sur la coagulation, et cite nommément le ginkgo, l'ail et le gingembre.
Pour des délais chiffrés plante par plante, la référence la plus citée est une revue américaine d'anesthésie (Ang-Lee, JAMA 2001). Ces repères viennent d'outre-Atlantique et n'ont pas d'équivalent réglementaire français ; ils donnent un ordre de grandeur, pas une norme officielle :
- Ginkgo : au moins 36 heures avant
- Ail et ginseng : au moins 7 jours avant
- Millepertuis : au moins 5 jours avant
L'ail illustre bien le mécanisme : il inhibe l'agrégation plaquettaire de façon irréversible. Un cas clinique français rapporte un saignement peropératoire attribué à une forte consommation d'ail, avec un arrêt conseillé d'environ dix jours. C'est un signalement isolé, pas une statistique, mais il montre qu'un aliment banal peut compter au bloc.
Oméga-3 : la prudence héritée mérite d'être nuancée
On a longtemps conseillé d'arrêter les huiles de poisson une à deux semaines avant une opération, au motif qu'elles réduisent l'agrégation plaquettaire. L'essai randomisé OPERA (2018) n'a pas retrouvé de sur-risque hémorragique aux fortes doses ; les taux les plus élevés étaient même associés à un peu moins de saignement.
Conseil
La bonne réponse n'est pas toujours l'arrêt par précaution. Pour le millepertuis et les plantes qui fluidifient le sang, l'anticipation se justifie. Pour les oméga-3, la donnée récente invite à décider avec l'anesthésiste plutôt qu'à relayer une crainte ancienne. La règle commune reste la transparence.
Le réflexe qui compte
La conduite la plus sûre tient en une phrase : signaler tous ses compléments à l'anesthésiste lors de la consultation préopératoire, et ne rien arrêter ni poursuivre sans cet avis. À l'officine, une seule question suffit souvent à faire remonter le produit oublié parce qu'il paraissait sans importance : demander les compléments comme on demande les médicaments, et renvoyer vers l'anesthésiste pour la décision.
Pour voir comment les signaux de sécurité d'un complément sont présentés produit par produit, vous pouvez parcourir le catalogue.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas le jugement du professionnel de santé. La décision d'arrêter ou de poursuivre un complément avant une intervention revient à l'équipe médicale, en fonction du produit, du terrain et du type de chirurgie.
Sources
- ANSM - Résumé des caractéristiques du produit, millepertuis (Arkogélules)
- VIDAL - Utiliser les plantes en toute sécurité (phytothérapie)
- Pan African Medical Journal - Prise de remèdes de phytothérapie et implications opératoires (à propos d'un cas)
- Ang-Lee MK et al. - Herbal medicines and perioperative care, JAMA 2001 (synthèse AAFP)
- OPERA trial - Fish oil and perioperative bleeding, Circ Cardiovasc Qual Outcomes 2018
- SFAR - Information du patient en anesthésie-réanimation