Insuffisance rénale : les compléments alimentaires à risque
Magnésium, potassium, vitamine C, réglisse, plantes : les compléments alimentaires à éviter en cas d'insuffisance rénale, et les réflexes pour le comptoir.

Chez un patient insuffisant rénal, le rein n'élimine plus correctement ce qu'on lui apporte en trop. Pour un médicament, le prescripteur adapte la dose. Pour un complément alimentaire acheté librement, personne ne le fait. C'est pourquoi les recommandations internationales de néphrologie demandent explicitement aux soignants de passer en revue les compléments et les plantes chez ces patients.
Ce que recommandent les néphrologues
Les recommandations KDIGO 2024 sur la maladie rénale chronique sont claires. Elles rappellent qu'une maladie rénale peut être provoquée ou accélérée par certains médicaments sans ordonnance, remèdes à base de plantes et compléments alimentaires, et demandent de passer en revue et limiter ceux qui peuvent être nocifs pour ces patients. Elles encouragent les professionnels de santé à interroger systématiquement sur l'usage de plantes et à recommander l'arrêt de tout remède non prescrit qui menace le rein.
Deux mécanismes sont à distinguer :
- l'accumulation : un minéral ou une vitamine que le rein élimine normalement s'accumule quand la fonction rénale baisse (magnésium, potassium) ;
- la toxicité rénale : certaines substances abîment directement le rein (aristoloche, excès de vitamine C, certaines réactions à la créatine).
Les compléments à surveiller
| Complément | Le risque | Source |
|---|---|---|
| Magnésium | Accumulation, hypermagnésémie | VKM ; RCP des médicaments à base de magnésium |
| Potassium (et plantes riches en potassium) | Hyperkaliémie, surtout sous IEC, ARA2 ou diurétique épargneur de potassium | MSD ; National Kidney Foundation |
| Vitamine C à forte dose | Calculs d'oxalate de calcium, dépôts d'oxalate dans le rein | KDIGO ; National Kidney Foundation |
| Réglisse | Non recommandée en cas de maladie rénale ; hypokaliémie, rétention d'eau | EMA |
| Levure de riz rouge | Ne doit pas être consommée en cas d'insuffisance rénale | ANSES |
| Genévrier | Mention « ne pas utiliser en cas d'insuffisance rénale » obligatoire | Arrêté du 24 juin 2014 |
| Créatine | Cas de néphrite interstitielle allergique | KDIGO |
| Aristoloche | Néphropathie grave, interdite en France | ANSM |
Magnésium
L'évaluation du comité scientifique norvégien (VKM) note que l'hypermagnésémie a été observée chez des personnes à la fonction rénale altérée prenant de fortes doses de sels de magnésium, avec des symptômes neurologiques ou cardiaques graves, et jamais sans atteinte rénale. Les médicaments en tirent la conséquence : le RCP de Magnévie B6 contre-indique le produit en cas d'insuffisance rénale sévère (clairance inférieure à 30 mL/min) et demande des précautions en cas d'insuffisance rénale modérée. Voir notre article magnésium : quelle forme choisir.
Potassium
Une hyperkaliémie durable traduit en général une baisse de l'élimination rénale du potassium. Le manuel MSD cite, parmi les causes, la maladie rénale chronique, les IEC, les ARA2 et les diurétiques épargneurs de potassium, et un apport accru de potassium. La National Kidney Foundation signale que certains compléments de plantes sont riches en potassium, et que des mentions comme « électrolytes », « riche en minéraux » ou les poudres de « super-aliments verts » doivent alerter. Elle signale aussi des plantes riches en phosphore, autre minéral que certains patients doivent limiter.
Vitamines
La National Kidney Foundation rappelle qu'avec une maladie rénale, certaines vitamines peuvent s'accumuler : trop de vitamine C augmente le risque de calculs d'oxalate de calcium, et les recommandations KDIGO mentionnent des dépôts de cristaux d'oxalate dans le rein en cas d'excès. Elle précise aussi que les vitamines A, E et K n'ont en général pas besoin d'être prises en complément en cas de maladie rénale. Pour la vitamine D, les formes et les doses relèvent du médecin, qui suit aussi le calcium : voir vitamine D : taux normal, dosage et surdosage.
Plantes
- Réglisse : le projet de monographie européenne de l'EMA indique qu'elle n'est pas recommandée chez les personnes atteintes d'hypertension, de maladie rénale, hépatique ou cardiovasculaire, ou d'hypokaliémie, et décrit en cas d'usage prolongé une rétention d'eau, une hypokaliémie et une hypertension.
- Genévrier : l'arrêté du 24 juin 2014 sur les plantes autorisées dans les compléments impose un avertissement recommandant de ne pas l'utiliser en cas d'insuffisance rénale.
- Aristoloche : au début des années 1990, une centaine de cas de néphropathie évoluant rapidement vers l'insuffisance rénale terminale ont été rapportés en Belgique après des cures amaigrissantes, en raison de la substitution d'une plante par Aristolochia fangchi. L'acide aristolochique est néphrotoxique, mutagène et cancérogène. La France a définitivement interdit les plantes concernées en 1998.
- Plantes « drainantes » et mélanges : la National Kidney Foundation déconseille les produits « détox rénale » et les mélanges dont la composition exacte n'est pas indiquée, et cite plusieurs plantes à éviter en cas de maladie rénale, dont la réglisse, l'aristoloche et le millepertuis, ce dernier pour ses nombreuses interactions.
Levure de riz rouge et créatine
L'ANSES range l'insuffisance rénale parmi les situations où la levure de riz rouge ne doit pas être consommée, en raison du risque musculaire lié à la statine qu'elle contient. Les recommandations KDIGO citent de leur côté la créatine de musculation comme exemple classique de complément associé à des néphrites interstitielles allergiques.
Attention
Chez un patient insuffisant rénal, aucun complément ne devrait être conseillé sans l'accord du néphrologue ou du médecin traitant. Magnésium, potassium, vitamine C à forte dose, réglisse et levure de riz rouge sont les premiers à écarter.
Les réflexes au comptoir
- Demander si le patient a une maladie des reins, est dialysé ou greffé. Les greffés prennent en plus des immunosuppresseurs, cibles de nombreuses interactions.
- Vérifier les traitements qui retiennent le potassium : IEC, ARA2, diurétiques épargneurs.
- Lire l'étiquette : magnésium, potassium, vitamine C, réglisse, genévrier, mentions « électrolytes » ou « détox ».
- Se méfier des mélanges et des produits achetés hors circuit, dont la composition n'est pas contrôlée.
- Orienter vers le médecin pour toute supplémentation, même minérale.
Conseil
Chez l'insuffisant rénal, la question n'est pas « ce complément est-il bon ? » mais « le rein saura-t-il l'éliminer ? ». Tout ce qui s'accumule devient un risque.
Questions fréquentes
Quels compléments alimentaires éviter en cas d'insuffisance rénale ?
Notamment le magnésium, le potassium et les plantes riches en potassium, la vitamine C à forte dose, la réglisse, la levure de riz rouge, le genévrier et tout produit à l'aristoloche. La décision revient au médecin.
Peut-on prendre du magnésium en cas d'insuffisance rénale ?
Pas sans avis médical. Le magnésium peut s'accumuler, et les médicaments à base de magnésium sont contre-indiqués en cas d'insuffisance rénale sévère.
La vitamine C est-elle dangereuse pour les reins ?
En excès, elle augmente le risque de calculs d'oxalate de calcium et de dépôts d'oxalate dans le rein, selon la National Kidney Foundation et les recommandations KDIGO.
Les plantes « drainantes » sont-elles adaptées à l'insuffisant rénal ?
Non. La National Kidney Foundation déconseille les produits « détox rénale » et les mélanges à la composition imprécise.
Pourquoi la réglisse est-elle déconseillée ?
Elle peut provoquer une rétention d'eau, une baisse du potassium et une hausse de la tension. L'EMA ne la recommande pas en cas de maladie rénale.
Faire remonter le signal au bon moment
Croiser la fonction rénale d'un patient avec la composition exacte de chaque produit n'est pas faisable de tête. Un outil d'aide à la décision rattache la précaution « insuffisance rénale » à chaque fiche concernée, et peut distinguer les stades quand le fabricant ou l'autorité le précisent. Notre tableau des interactions plantes-médicaments complète ces repères, et vous pouvez parcourir le catalogue pour voir comment ils sont présentés.
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Cet article a une vocation informative et ne remplace pas le jugement du professionnel de santé. Chez un patient atteint de maladie rénale, toute supplémentation se décide avec son médecin ou son néphrologue.
Sources
- KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease (Practice Point 4.1.3)
- National Kidney Foundation - Herbal Supplements and Kidney Disease
- National Kidney Foundation - Vitamins and CKD, Dialysis, & Transplant
- VKM (comité scientifique norvégien) - Risk assessment of magnesium in food supplements (2016)
- ANSM - RCP Magnévie B6 100 mg/10 mg (base de données publique des médicaments)
- MSD Manuals (édition professionnelle) - Hyperkalemia
- ANSM (archives) - Néphropathies et plantes chinoises, lettre aux professionnels de santé (2000)
- EMA/HMPC - Draft European Union herbal monograph on Glycyrrhiza (réglisse), révision 1 (2025)
- ANSES - Avis relatif aux risques liés à la présence de levure de riz rouge dans les compléments alimentaires (2014)
- Légifrance - Arrêté du 24 juin 2014 établissant la liste des plantes autorisées dans les compléments alimentaires