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Probiotiques : ce que dit la preuve, et qui doit s'en méfier

Probiotiques : un effet propre à chaque souche, une preuve solide sous antibiotiques, plus faible ailleurs, et la prudence chez l'immunodéprimé sous cathéter.

Antonin Marcon 6 min de lecture
Probiotiques : ce que dit la preuve, et qui doit s'en méfier

Les probiotiques se vendent comme une catégorie : « pour la flore », « pour l'immunité », « après les antibiotiques ». La recherche, elle, ne parle jamais d'une catégorie. Elle parle de souches, à une dose donnée, dans une indication donnée. Et pour une petite partie des patients, la question n'est pas l'efficacité mais la sécurité.

Un effet qui appartient à la souche

Un probiotique se décrit en trois niveaux : le genre (Lactobacillus), l'espèce (rhamnosus) et la souche (GG). Le NCCIH, centre fédéral américain dédié aux approches complémentaires, résume la règle : des probiotiques différents peuvent avoir des effets différents, et ce qu'on sait d'un Lactobacillus ne vaut pas nécessairement pour un autre.

Conséquence au comptoir : deux produits du même rayon ne sont pas interchangeables parce qu'ils affichent la même espèce. Un pharmacien qui utilise Nutrisecure l'a filmé sur un cas courant. Un probiotique gynécologique à base de Lactobacillus crispatus est hors stock ; la fiche propose des équivalents de la même espèce, souche différente, et indique lesquels sont en rayon. Ces équivalents restent marqués « à vérifier » : une autre souche, ce n'est pas le même produit.

Ce que la preuve dit

Sous antibiotiques : le signal le plus solide

La revue Cochrane de 2019 sur la diarrhée associée aux antibiotiques chez l'enfant regroupe 33 essais et 6 352 participants. Les chiffres :

  • diarrhée chez 8 % des enfants sous probiotique contre 19 % sous contrôle ;
  • 9 enfants à traiter pour éviter un épisode (certitude modérée) ;
  • un effet jugé crédible pour les doses élevées, au moins 5 milliards d'UFC par jour, avec Lactobacillus rhamnosus et Saccharomyces boulardii parmi les exemples cités ;
  • aucun événement indésirable grave attribué aux probiotiques dans les 24 essais qui en rendaient compte.

Les auteurs demandent toutefois que le bénéfice des fortes doses soit confirmé par un grand essai multicentrique. Le NCCIH rapporte aussi une certitude modérée pour la réduction du risque de diarrhée à Clostridioides difficile.

Ce que la preuve ne dit pas

L'exemple le plus parlant concerne la gastro-entérite aiguë de l'enfant, une indication pourtant très demandée. En 2018, un essai randomisé en double aveugle publié dans le NEJM a inclus 971 enfants de 3 mois à 4 ans, traités 5 jours par L. rhamnosus GG (10 milliards d'UFC deux fois par jour) ou placebo. Il n'a pas montré de différence sur la gravité de l'épisode, et les auteurs estiment que la rigueur de leur essai remet en question les recommandations d'utiliser cette souche dans cette indication.

Ce résultat ne dit pas que les probiotiques sont inutiles. Il dit qu'une souche efficace dans une situation (sous antibiotiques) peut ne pas l'être dans une autre. C'est pour cela qu'une allégation « flore » ou « immunité » sur un étui ne remplace pas la question : quelle souche, à quelle dose, étudiée pour quoi ?

Bon à savoir

Le NCCIH rappelle que beaucoup de probiotiques sont vendus comme compléments, sans autorisation préalable de mise sur le marché aux États-Unis, et que certains produits analysés contenaient d'autres micro-organismes que ceux de l'étiquette. La qualité du fabricant fait partie du conseil.

Les patients chez qui la prudence prime

Immunodépression et état critique

Le NCCIH le formule clairement : le risque d'effets nocifs des probiotiques est plus élevé chez les personnes gravement malades ou immunodéprimées, chez qui le bénéfice doit être soigneusement mis en balance, avec une surveillance étroite. En 2023, la FDA a également averti les soignants des infections graves, parfois mortelles, rapportées chez des prématurés recevant des probiotiques.

Cathéter veineux central et chambre implantable

Le cas le mieux documenté en France concerne la levure *Saccharomyces boulardii*. En février 2018, une lettre aux professionnels de santé diffusée sous l'autorité de l'ANSM a ajouté une contre-indication au médicament ULTRA-LEVURE :

  • de rares cas de fongémie à S. boulardii ont été rapportés chez des patients hospitalisés en état critique ou immunodéprimés, avec une issue parfois fatale ;
  • le médicament est désormais contre-indiqué chez les patients en état critique ou immunodéprimés ;
  • il l'était déjà chez les patients porteurs d'un cathéter veineux central ;
  • les patients à proximité d'un patient traité peuvent aussi être contaminés : les sachets et gélules ne s'ouvrent pas dans la chambre, et les soignants portent des gants.

Une chambre implantable (PAC, port-à-cath), posée chez de nombreux patients sous chimiothérapie, est un accès veineux central. Le patient sous chimiothérapie qui en porte une cumule donc deux situations visées : l'accès veineux central et, souvent, l'immunodépression.

Attention

Sous chimiothérapie, avec une chambre implantable ou un autre cathéter central, Saccharomyces boulardii est contre-indiqué dans sa forme médicament. Le risque décrit tient à la levure elle-même : un complément qui en contient ne se conseille pas dans cette situation. Pour les probiotiques bactériens, aucune contre-indication harmonisée n'a été publiée, mais le risque infectieux est plus élevé chez l'immunodéprimé : l'avis de l'équipe d'oncologie passe avant le conseil.

La bonne question au comptoir est donc simple, et elle doit être posée à chaque demande de probiotique : « Avez-vous un traitement en cours contre un cancer, une chambre implantable ou un cathéter ? »

Les réflexes au comptoir

  • Chercher par souche quand le produit habituel manque, et présenter un équivalent comme une alternative à vérifier, pas comme une copie.
  • Vérifier l'âge indiqué par le fabricant et la forme : sachet, gouttes ou gélule ne conviennent pas au même enfant.
  • Lire la conservation : certaines souches se gardent au réfrigérateur, ce qui fait partie du conseil.
  • Poser la question du terrain : immunodépression, chimiothérapie, cathéter central, prématurité.

Questions fréquentes

Tous les probiotiques se valent-ils ?

Non. L'effet est propre à la souche et à la dose. Deux produits de la même espèce peuvent avoir des données très différentes.

Peut-on prendre des probiotiques sous chimiothérapie ?

Pas sans l'avis de l'équipe d'oncologie. Saccharomyces boulardii est contre-indiqué chez l'immunodéprimé et en cas de cathéter veineux central, ce qui inclut la chambre implantable.

Les probiotiques sont-ils utiles en cas de gastro-entérite chez l'enfant ?

Un grand essai de 2018 n'a pas montré de bénéfice de L. rhamnosus GG chez les moins de 4 ans. Le signal le plus solide concerne la prévention de la diarrhée sous antibiotiques.

Pour les officines

Sur Nutrisecure, la recherche se fait aussi par espèce ou par souche, et chaque fiche probiotique affiche ses contre-indications. Quand elles ne sont pas connues, la fiche le dit, avec un renvoi aux précautions du fabricant : un « non renseigné » affiché vaut mieux qu'un vide qui ressemble à « rien à signaler ». Pour la méthode générale, voir comment vérifier un complément face à un traitement.

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Cet article a une vocation informative et ne remplace pas le jugement du professionnel de santé. La conduite à tenir pour un patient donné dépend de son état, de son traitement et de l'avis de son médecin.

Sources