Ginkgo et médicaments : saignement, épilepsie, ce qu'il faut savoir
Ginkgo sous anticoagulant, aspirine, AINS, efavirenz ou oméprazole, chez l'épileptique ou avant une chirurgie : ce que dit l'EMA, réflexes au comptoir.

Le ginkgo se vend pour la mémoire, la circulation, les mains froides. Il est souvent demandé par des patients âgés, donc par des patients qui prennent déjà plusieurs médicaments. C'est là que le conseil se joue : le ginkgo touche l'agrégation plaquettaire et modifie l'élimination de certains médicaments.
La référence la plus complète est la monographie européenne de l'EMA (comité des médicaments à base de plantes, 2015). Elle concerne les extraits de feuille et sert de base aux repères ci-dessous.
Le saignement : anticoagulants, antiagrégants, AINS
L'EMA écrit que les extraits de ginkgo peuvent diminuer la capacité des plaquettes à s'agréger. La monographie en tire deux règles :
- chez un patient qui a une tendance hémorragique et qui prend un anticoagulant ou un antiplaquettaire, le produit ne s'utilise qu'après avis médical ;
- l'effet des anticoagulants (warfarine, phenprocoumone) et des antiplaquettaires (clopidogrel, aspirine et autres AINS) peut être modifié par le ginkgo.
Pour la warfarine, l'EMA reste nuancée : les études disponibles ne montrent pas d'interaction, mais l'agence demande une surveillance adaptée au début, à l'arrêt, à chaque changement de dose ou de produit. VIDAL est plus direct pour le grand public : les personnes sous anticoagulant ou antiagrégant doivent s'abstenir des produits à base de ginkgo. Sa fiche sur les AVK classe le ginkgo parmi les ingrédients qui peuvent augmenter le risque d'hémorragie.
Les anticoagulants oraux directs méritent une mention à part. L'EMA rapporte que le ginkgo pourrait inhiber la P-glycoprotéine intestinale, ce qui augmenterait l'exposition aux médicaments qui en dépendent, comme le dabigatran. La monographie appelle à la prudence pour cette association.
Attention
Sous AVK, AOD, aspirine, clopidogrel ou AINS au long cours, le ginkgo ne s'ajoute pas en vente conseil. L'EMA signale que l'effet de ces traitements peut être modifié et exige un avis médical en cas de terrain hémorragique, et VIDAL conseille aux patients sous anticoagulant de s'en abstenir. Le risque est l'addition de deux effets qui vont dans le même sens : saigner plus facilement.
Avant une chirurgie
La monographie recommande d'arrêter le ginkgo 3 à 4 jours avant une intervention, par précaution, en raison du risque de saignement. VIDAL reprend le même délai. En pratique, la décision appartient à l'anesthésiste : le rôle du comptoir est de rappeler au patient de déclarer le ginkgo à la consultation d'anesthésie. Les autres actifs à signaler avant le bloc sont détaillés dans notre article sur les compléments avant une opération.
Épilepsie : un point souvent oublié
C'est la mise en garde la moins connue. L'EMA écrit que chez les patients épileptiques, la survenue de nouvelles crises favorisées par le ginkgo ne peut pas être exclue. VIDAL reprend cette réserve.
Ce n'est pas une contre-indication formelle dans la monographie, mais c'est un signal suffisant pour ne pas conseiller le ginkgo à un patient épileptique sans l'avis de son neurologue.
Efavirenz, oméprazole, nifédipine : les interactions pharmacocinétiques
Le ginkgo ne se limite pas à l'hémostase. Plusieurs interactions passent par les enzymes du foie et de l'intestin.
- Efavirenz (traitement du VIH) : l'association est déconseillée par l'EMA. Le ginkgo peut faire baisser les concentrations d'efavirenz par induction du CYP3A4, avec un risque de perte d'efficacité.
- Nifédipine : une étude a montré une hausse du pic de concentration, jusqu'à 100 % chez certains sujets, avec vertiges et bouffées de chaleur plus marqués.
- Oméprazole : dans une étude chez 18 volontaires sains, 12 jours de ginkgo ont accéléré l'hydroxylation de l'oméprazole par le CYP2C19, avec une baisse de ses concentrations. L'ampleur dépendait du génotype des sujets.
Pour ce dernier point, il faut garder la mesure. Une revue de 2013 conclut que l'extrait standardisé EGb 761 ne montre pas d'interaction pharmacocinétique cliniquement pertinente jusqu'à 240 mg par jour. Elle souligne en revanche qu'un potentiel d'interaction pertinent ne peut pas être exclu pour les produits peu standardisés, dont beaucoup de compléments alimentaires. Autrement dit, la qualité de l'extrait compte, et l'étiquette d'un complément le dit rarement.
Grossesse
Pour l'usage bien établi, l'EMA contre-indique le ginkgo pendant la grossesse, en raison du risque de saignement lié à l'effet sur les plaquettes. L'allaitement est déconseillé faute de données, de même que l'usage avant 18 ans, que l'EMA ne recommande pas et que VIDAL déconseille. La grossesse se traite comme une contre-indication, pas comme une simple précaution.
Quand préférer une autre option
Le ginkgo n'est pas une plante à proscrire. Chez un patient sans traitement, sans terrain hémorragique et sans épilepsie, il se conseille couramment. Il devient en revanche un mauvais choix dans plusieurs situations :
- polymédication, surtout si l'ordonnance comporte un anticoagulant, un antiagrégant, un AINS au long cours ou l'oméprazole ;
- traitement du VIH par efavirenz ;
- épilepsie, traitée ou non ;
- intervention programmée dans les jours qui viennent ;
- grossesse, allaitement, ou patient de moins de 18 ans.
Dans ces cas, mieux vaut repartir du besoin du patient (mémoire, circulation, fatigue) et chercher avec lui une approche sans effet connu sur l'hémostase, en lien avec le médecin si un traitement est en cours. Pour un patient âgé qui cumule les boîtes, notre article sur la polymédication du senior donne la méthode.
Conseil
La bonne question n'est pas « le ginkgo est-il sûr ? », mais « qu'est-ce que la personne prend déjà ? ». Une ordonnance lue avant la vente évite la plupart des situations à risque.
Questions fréquentes
Peut-on prendre du ginkgo avec de l'aspirine ou un anticoagulant ?
Pas sans avis médical. L'EMA indique que le ginkgo peut modifier l'effet des anticoagulants et des antiplaquettaires, AINS compris, et VIDAL conseille aux personnes sous ces traitements de s'en abstenir.
Combien de temps arrêter le ginkgo avant une opération ?
La monographie européenne recommande un arrêt de 3 à 4 jours avant l'intervention, par précaution. Le patient doit surtout le signaler à l'anesthésiste, qui décide.
Le ginkgo est-il dangereux pour un épileptique ?
L'EMA écrit que de nouvelles crises favorisées par le ginkgo ne peuvent pas être exclues chez l'épileptique. Le conseil passe donc par l'avis du neurologue.
Faire remonter le signal au bon moment
Croiser un ginkgo avec un anticoagulant, l'oméprazole, un antirétroviral et un antécédent d'épilepsie, de tête et en plein flux, n'est pas tenable. Un outil d'aide à la décision rattache ces signaux à la fiche du produit pour qu'ils arrivent pendant l'échange. Notre tableau des interactions plantes-médicaments rassemble les autres associations fréquentes.
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Cet article a une vocation informative et ne remplace pas le jugement du professionnel de santé. La conduite à tenir pour un patient donné dépend de son traitement, de ses pathologies et de l'avis de son médecin.
Sources
- EMA (HMPC) - European Union herbal monograph on Ginkgo biloba L., folium, EMA/HMPC/321097/2012 (28 janvier 2015)
- VIDAL - Ginkgo, phytothérapie
- VIDAL - Les AVK en pratique
- Yin OQ et al. - Pharmacogenetics and herb-drug interactions: experience with Ginkgo biloba and omeprazole, Pharmacogenetics 2004;14(12):841-50
- Unger M - Pharmacokinetic drug interactions involving Ginkgo biloba, Drug Metab Rev 2013