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Compléments et sport : ce qui est utile, ce qui est marketing

Créatine, caféine, protéines : ce que l'UE autorise vraiment, ce que l'ANSES déconseille, et le risque de dopage involontaire à expliquer au sportif.

Antonin Marcon 7 min de lecture
Compléments et sport : ce qui est utile, ce qui est marketing

Le sportif qui arrive au comptoir a souvent déjà fait son choix sur un réseau social : une créatine, un « pre-workout », une protéine, parfois un brûleur de graisse. La question qu'il pose porte sur la marque. La question utile porte sur trois points : ce produit a-t-il un effet reconnu, à quelle dose, et peut-il lui coûter un contrôle antidopage ou une interaction avec son traitement ?

Ce que l'Union européenne reconnaît vraiment

En Europe, une allégation de santé n'est autorisée qu'après évaluation scientifique par l'EFSA, puis inscription au règlement (UE) n° 432/2012. C'est la grille de lecture la plus simple pour trier le rayon sport : ce qui y figure a été évalué, le reste relève du discours commercial.

La créatine : un effet reconnu, dans un cadre étroit

La créatine est l'un des rares actifs du rayon sport à disposer d'une allégation autorisée. Le règlement retient que la créatine améliore les capacités physiques en cas de séries successives d'exercices très intenses de courte durée. Les conditions sont précises :

  • l'effet est obtenu par une consommation journalière de 3 g ;
  • l'allégation est réservée aux produits destinés aux adultes effectuant des exercices physiques très intenses.

Une seconde allégation vise les adultes de plus de 55 ans : la créatine quotidienne peut renforcer l'effet de la musculation sur la force musculaire, toujours à 3 g par jour et en lien avec une pratique régulière qui augmente progressivement la charge.

Deux conséquences pour le conseil. D'abord, l'effet reconnu concerne l'effort bref et répété (sprints, musculation), pas l'endurance. Ensuite, le cadre est celui de l'adulte : un adolescent qui demande de la créatine sort du champ de l'allégation.

Les protéines : une allégation qui vaut pour l'assiette

Le règlement autorise notamment deux allégations sur le muscle : les protéines contribuent à augmenter la masse musculaire et au maintien de la masse musculaire. La condition d'utilisation est que la denrée soit au moins une « source de protéines » au sens du règlement (CE) n° 1924/2006.

Autrement dit, l'allégation n'est pas propre à la poudre : elle s'applique à tout aliment source de protéines. Le shaker est une commodité, pas une condition de l'effet. C'est un argument honnête à donner au patient qui pense qu'il ne progressera pas sans complément.

La caféine : des repères de sécurité, pas d'allégation

Aucune allégation de santé sur la caféine ne figure dans la liste du règlement 432/2012. En revanche, l'EFSA a rendu en 2015 un avis sur sa sécurité :

  • chez l'adulte en bonne santé, des doses uniques jusqu'à 200 mg (environ 3 mg/kg) toutes sources confondues ne soulèvent pas de préoccupation, y compris moins de deux heures avant un exercice intense dans des conditions normales ;
  • jusqu'à 400 mg par jour répartis dans la journée chez l'adulte, hors grossesse ;
  • 200 mg par jour pendant la grossesse ;
  • 3 mg/kg par jour chez l'enfant et l'adolescent ;
  • une dose de 100 mg peut déjà perturber le sommeil chez certains adultes si elle est prise près du coucher.

L'EFSA précise que son évaluation ne couvre ni les personnes malades, ni l'association avec des médicaments.

Attention

Un « pre-workout » s'additionne au café, aux boissons énergisantes et aux autres compléments caféinés (guarana, thé vert). Le repère de l'EFSA vaut pour toutes les sources réunies, pas pour le seul produit. L'ANSES, de son côté, recommande d'éviter les produits contenant de la caféine avant et pendant l'effort, et chez les personnes sensibles.

Ce que l'ANSES déconseille

En 2017, l'ANSES a publié un avis sur les compléments destinés au développement musculaire ou à la diminution de la masse grasse. Les signalements reçus par son dispositif de nutrivigilance portaient surtout sur des effets cardiovasculaires (tachycardie, arythmie, accident vasculaire cérébral) et psychiques (troubles anxieux, troubles de l'humeur).

L'agence en tire plusieurs recommandations :

  • déconseil fort pour les personnes ayant des facteurs de risque cardiovasculaire ou une cardiopathie, une altération de la fonction rénale ou hépatique, des troubles neuropsychiatriques, ainsi que pour les enfants et adolescents et les femmes enceintes ou allaitantes ;
  • éviter de consommer plusieurs compléments en même temps ou de les associer à des médicaments ;
  • signaler la consommation à son médecin et à son pharmacien.

L'ANSES rappelle aussi que l'efficacité de ces produits n'est pas démontrée scientifiquement et que leurs bénéfices restent très hypothétiques. C'est la ligne de partage avec la créatine et les protéines, qui ont une allégation évaluée.

Le risque de dopage involontaire

C'est le point que le sportif licencié connaît le moins. Selon l'AFLD, un complément peut contenir des substances interdites, mentionnées ou non sur l'étiquette, par contamination accidentelle sur la chaîne de production ou par fraude. Les produits « naturels » ou « à base de plantes » ne font pas exception.

Or le sportif est soumis au principe de responsabilité objective : il répond de toute substance retrouvée dans son organisme, même sans intention de se doper. La suspension peut aller jusqu'à quatre ans, selon la substance, le degré de faute et la violation.

Les normes : une réduction du risque, pas une garantie

En 2017, l'ANSES recommandait de privilégier les produits conformes à la norme AFNOR NF V 94-001 (juillet 2012). L'AFLD oriente aujourd'hui vers la norme NF EN 17444 et vers des programmes d'analyse comme Sport Protect, Informed Sport ou NSF. Une norme d'application volontaire engage le fabricant sur des exigences de fabrication. L'AFLD est claire sur la limite : ni l'AMA ni elle ne certifient un complément, et aucune démarche ne garantit l'absence totale de substance interdite.

Les réflexes que recommande l'AFLD

  • acheter en pharmacie ou en magasin, ou sur le site officiel du fabricant, et se méfier des places de marché, des résultats garantis et des prix trop attractifs ;
  • comparer la composition à la liste des interdictions de l'AMA avant de consommer ;
  • garder une photo du produit, de l'étiquette et du numéro de lot, avec les quantités et la fréquence de prise.

L'AFLD indique que l'application de ces bons réflexes peut être prise en compte pour réduire une sanction.

Les interactions : la question à poser à chaque fois

Le sportif est rarement perçu comme un patient polymédiqué. Il peut pourtant prendre un antidépresseur, un traitement de l'asthme, un antihypertenseur ou un traitement du TDAH. L'ANSES déconseille l'association des compléments du sportif avec des médicaments, et l'EFSA n'a pas évalué la caféine dans ce contexte. La vérification se fait produit par produit, à partir de la composition réelle : notre méthode est détaillée dans vérifier la compatibilité d'un complément avec un traitement. Pour décoder un étiquetage chargé, voir aussi lire l'étiquette d'un complément alimentaire.

Conseil

Trois questions suffisent souvent : « Vous êtes licencié et contrôlable ? », « Vous prenez un traitement ? », « Combien de produits caféinés par jour, café compris ? ». Les réponses orientent le conseil mieux que le nom de la marque.

Questions fréquentes

La créatine est-elle efficace ?

Une allégation est autorisée dans l'Union européenne : 3 g par jour améliorent les capacités physiques lors de séries d'exercices très intenses et brefs, chez l'adulte. Elle ne vise pas l'endurance.

Combien de caféine avant le sport ?

Selon l'EFSA, une dose unique jusqu'à 200 mg moins de deux heures avant un exercice intense ne soulève pas de préoccupation chez l'adulte en bonne santé. L'ANSES recommande toutefois d'éviter les compléments caféinés avant et pendant l'effort.

Un complément « naturel » peut-il rendre un contrôle positif ?

Oui. L'AFLD rappelle que les produits à base de plantes peuvent contenir des substances interdites, et que le sportif est responsable de toute substance retrouvée dans son organisme.

Le conseil sport, au même niveau que le reste

Le rayon sport mélange des actifs évalués, des promesses et des produits à risque, souvent sur la même étagère. Pour l'officine, l'enjeu est d'avoir la composition, les populations à écarter et les interactions sous les yeux pendant l'échange, pas après.

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Cet article a une vocation informative et ne remplace pas le jugement du professionnel de santé. La conduite à tenir pour un patient donné dépend de son traitement, de ses pathologies et de l'avis de son médecin.

Sources