Réglisse, hypertension et hypokaliémie : ce qu'il faut savoir
Réglisse en complément : effet minéralocorticoïde, hypertension, hypokaliémie, interactions avec diurétiques, digoxine et corticoïdes, seuils et durée maximale.

La réglisse a une image de friandise ou de tisane digestive. Au comptoir, elle passe rarement pour un actif à surveiller. C'est pourtant l'une des plantes dont l'effet indésirable est le mieux compris, le plus prévisible, et le plus facile à aggraver avec un traitement courant : un diurétique, un corticoïde, la digoxine.
Un effet minéralocorticoïde bien décrit
Le responsable est la glycyrrhizine (acide glycyrrhizique). Après ingestion, elle est transformée par la flore intestinale en métabolites absorbés. L'ANSES, dans son rapport de toxicovigilance de 2022, décrit le mécanisme : l'un de ces métabolites inhibe dans le rein une enzyme, la 11β-hydroxystéroïde déshydrogénase de type 2, qui protège normalement les récepteurs des minéralocorticoïdes contre le cortisol.
Le cortisol stimule alors ces récepteurs comme le ferait l'aldostérone. Le résultat porte le nom de pseudo-hyperaldostéronisme :
- élimination urinaire de potassium, donc hypokaliémie ;
- rétention d'eau et de sodium ;
- élévation de la pression artérielle.
Deux détails pratiques comptent au comptoir. L'effet persiste après l'arrêt : selon le même rapport, l'inhibition enzymatique dure environ deux semaines, et la normalisation complète de l'axe rénine-angiotensine-aldostérone demande deux à six mois. Et la teneur en glycyrrhizine varie beaucoup d'un produit à l'autre, ce qui rend la dose réellement ingérée difficile à estimer.
Ce que disent les autorités
L'ANSES (2025)
En juin 2025, l'ANSES a publié ses recommandations après l'analyse de plus d'une centaine de cas issus de la nutrivigilance, des centres antipoison et de la littérature. Hypokaliémie et hypertension sont les principaux effets, parfois compliqués d'atteintes cardiovasculaires. L'agence estime qu'il n'est pas possible, à ce jour, de définir une dose journalière maximale sans risque pour toute la population.
Pour les pharmaciens, l'agence demande, selon le compte rendu de VIDAL :
- d'interroger les personnes qui souhaitent un complément à base de réglisse sur leurs pathologies cardiaques, rénales, hépatiques, une hypokaliémie, une grossesse ou un allaitement ;
- de ne pas recommander ce complément plus de 4 semaines ;
- de rechercher les autres sources de réglisse (pastis avec ou sans alcool, sirops, confiseries, tisanes) ;
- de tenir compte des interactions médicamenteuses.
Les cas graves de toxicovigilance
Le rapport de 2022 a analysé 64 cas enregistrés par les centres antipoison entre 2012 et 2021. La gravité était forte dans 42,2 % des cas et un décès a été rapporté. Les boissons (pastis avec ou sans alcool) étaient le plus souvent en cause dans les cas graves, et les compléments ne représentaient que 4,7 % des produits consommés. L'agence souligne toutefois une sous-déclaration très probablement majeure : la rareté des signalements ne doit pas faire sous-estimer le risque.
La monographie européenne (HMPC, 2026)
Le comité des médicaments à base de plantes de l'EMA a adopté en mars 2026 une révision de sa monographie sur la racine de réglisse. Elle déconseille son usage en cas d'hypertension, de maladie rénale, hépatique ou cardiovasculaire et d'hypokaliémie, et la déconseille aussi pendant la grossesse, chez la femme en âge de procréer sans contraception, pendant l'allaitement et avant 18 ans. Elle recommande de ne pas cumuler un médicament à base de réglisse avec d'autres produits qui en contiennent.
Attention
Chez un patient hypertendu, insuffisant rénal ou cardiaque, ou déjà hypokaliémique, un complément de réglisse n'est pas un conseil de comptoir. Les autorités le déconseillent, et c'est au médecin d'en juger.
Les seuils à connaître
Les chiffres circulent souvent sans leur contexte. Voici ceux que l'on peut sourcer.
- 100 mg de glycyrrhizine par jour : limite supérieure retenue en 2003 par le Comité scientifique de l'alimentation humaine européen pour une ingestion régulière, jugée protectrice pour la majorité de la population (rapport ANSES 2022). Le même rapport rappelle que 100 mg par jour est aussi le seuil à partir duquel des effets indésirables ont été observés, et que certains auteurs proposent 10 mg par jour pour la plupart des adultes en bonne santé.
- En France, pour les compléments : l'arrêté du 24 juin 2014 impose que la portion journalière recommandée n'apporte pas plus de 100 mg d'acide glycyrrhizinique, avec un avertissement « Ne pas utiliser pendant plus de 6 semaines sans avis médical » et une mise en garde déconseillant l'emploi chez les enfants.
- 4 semaines : durée maximale recommandée par l'ANSES en 2025 pour un complément de réglisse, plus courte que la mention réglementaire.
Un produit conforme à l'arrêté n'est donc pas sans risque pour autant : l'ANSES rappelle que des hypertensions graves ont été observées chez des personnes sans hypertension préexistante.
Les interactions médicamenteuses
Tout ce qui fait baisser le potassium
Le thésaurus des interactions de l'ANSM range la réglisse parmi les hypokaliémiants, aux côtés des diurétiques hypokaliémiants, des laxatifs stimulants (dont le séné), des glucocorticoïdes, du tétracosactide et de l'amphotéricine B par voie IV. Entre deux hypokaliémiants, le risque d'hypokaliémie est majoré : précaution d'emploi, avec surveillance de la kaliémie. La monographie européenne va plus loin pour la racine de réglisse et déconseille son association avec les diurétiques, les glucosides cardiotoniques, les corticoïdes, les laxatifs stimulants et les autres médicaments qui aggravent un déséquilibre électrolytique.
Le cumul réglisse et séné, que l'on retrouve dans certaines tisanes et compléments pour le transit, cumule donc deux hypokaliémiants. Le thésaurus de l'ANSM les range tous deux dans la même classe, et la monographie européenne de la réglisse déconseille son association avec les laxatifs stimulants.
Digoxine et médicaments torsadogènes
L'hypokaliémie favorise la toxicité des digitaliques et l'apparition de troubles du rythme, notamment de torsades de pointes. L'ANSM demande, pour les hypokaliémiants associés à la digoxine ou à une substance susceptible de donner des torsades de pointes, de corriger toute hypokaliémie et de surveiller la clinique, les électrolytes et l'électrocardiogramme. L'ANSES cite aussi explicitement les digitaliques et ces médicaments torsadogènes parmi les interactions à prendre en compte.
Antihypertenseurs
La monographie de l'EMA indique que la racine de réglisse peut contrecarrer l'action des antihypertenseurs. Un patient dont la tension se déséquilibre sans explication mérite donc la question : « Prenez-vous de la réglisse, sous quelque forme que ce soit ? »
Corticoïdes
Les glucocorticoïdes sont eux-mêmes hypokaliémiants, ce qui explique leur présence dans les listes de l'ANSES, de l'EMA et de l'ANSM. Ces sources visent les corticoïdes au sens général ; nous n'avons pas trouvé de source d'autorité sur la réglisse associée aux corticoïdes appliqués sur la peau.
Les réflexes au comptoir
- Demander s'il existe une hypertension, une maladie cardiaque, rénale ou hépatique, une hypokaliémie connue, une grossesse ou un allaitement.
- Vérifier le traitement : diurétique, corticoïde, digoxine, antiarythmique, laxatif stimulant.
- Chercher les autres sources : pastis, sirop, bonbons, tisanes, autre complément.
- Limiter la durée, 4 semaines au plus selon l'ANSES.
- Expliquer quand consulter : œdèmes, palpitations, tension qui monte sans raison apparente.
Conseil
La question la plus utile n'est pas « prenez-vous un complément de réglisse ? » mais « buvez-vous du pastis, même sans alcool, ou des tisanes à la réglisse ? ». Les cas graves documentés viennent surtout des boissons.
Questions fréquentes
La réglisse fait-elle monter la tension ?
Oui, la glycyrrhizine provoque un pseudo-hyperaldostéronisme : rétention de sodium et d'eau, perte de potassium et hausse de la pression artérielle. L'ANSES a observé des cas graves y compris chez des personnes sans hypertension préalable.
Peut-on prendre de la réglisse avec un diurétique ?
C'est déconseillé par la monographie européenne. Deux produits qui font baisser le potassium cumulent leurs effets, et l'ANSM demande une surveillance de la kaliémie. L'avis du médecin s'impose.
Combien de temps peut-on prendre un complément de réglisse ?
L'ANSES recommande de ne pas dépasser 4 semaines. La réglementation française impose l'avertissement « Ne pas utiliser pendant plus de 6 semaines sans avis médical ».
Faire remonter le signal au bon moment
Le risque de la réglisse tient rarement à un seul produit. Il naît du cumul : une tisane, un complément digestif, un diurétique, un pastis sans alcool. Un outil d'aide à la décision rattache ces restrictions à chaque fiche pour qu'elles apparaissent pendant l'échange, et notre tableau des interactions plantes-médicaments rassemble les autres associations fréquentes.
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Cet article a une vocation informative et ne remplace pas le jugement du professionnel de santé. La conduite à tenir pour un patient donné dépend de son traitement, de ses pathologies et de l'avis de son médecin.
Sources
- ANSES - Réglisse : attention à la surconsommation pour éviter les risques d'hypertension (actualité du 12 juin 2025)
- VIDAL - Réglisse et risque d'HTA : l'Anses émet des recommandations pour les professionnels de santé (17 juin 2025)
- ANSES - Effets indésirables induits par la réglisse consommée dans le cadre alimentaire, rapport d'étude de toxicovigilance 2022-AUTO-0077 (octobre 2022)
- EMA/HMPC - European Union herbal monograph on Glycyrrhiza glabra L., G. inflata Bat., G. uralensis Fisch., radix, Revision 1 (EMA/HMPC/108399/2024, adoptée le 4 mars 2026)
- ANSM - Thésaurus des interactions médicamenteuses (septembre 2023), classe « Hypokaliémiants »
- Arrêté du 24 juin 2014 établissant la liste des plantes autorisées dans les compléments alimentaires, annexe I (Glycyrrhiza glabra)